UFC-Que Choisir de Côte d'Or

Consommation

Pouvoir d’achat & Hausse des prix : le grand matraquage

Alors que l’Insee assure que le pouvoir d’achat a progressé en France ces quatre dernières années, l’association UFC-Que Choisir démêle le vrai du faux.

La hausse des prix (+ 5 % en 4 ans) depuis 2014 a été douloureuse pour les ménages. Ils ont grimpé plus vite que le salaire minimum, et souvent sur des dépenses contraintes : alimentation, carburant… Les Français se sont donc appauvris, et sont souvent incrédules face aux chiffres du gouvernement, selon lesquels le pouvoir d’achat serait en constante augmentation.

Cela peut paraître paradoxal. Alors que les Français disent souffrir de problèmes de pouvoir d’achat et que les gilets jaunes manifestent depuis le 17 novembre, l’Insee l’assure : le pouvoir d’achat en France se maintient. Après une hausse de 1,3% en 2017, de 1,4% en 2018, l’institut anticipe une hausse encore plus importante de 2% pour 2019.

Les Français auraient-ils une mauvaise perception de leurs finances ? Non, assure de son côté l’UFC-Que Choisir qui publie cette semaine une étude. Selon l’association de consommateurs, il y a bien une perte sèche de pouvoir d’achat pour les Français. De l’ordre de 0,4% ces quatre dernières années pour des salariés payés au Smic.

Comment expliquer un tel écart ?  Il s’agit de deux façons différentes de mesurer le pouvoir d’achat. La vision de l’Insee est plus globale, celle de l’UFC plus individuelle.

Un couple qui se sépare devra acheter des produits en double

Pour mieux refléter la situation individuelle des ménages, l’Insee calcule aussi l’évolution du pouvoir d’achat par unité de consommation. Dans un foyer, un premier adulte représente une unité, une personne supplémentaire 0,5 unité, un enfant de moins de 14 ans 0,3 unité. Or, la taille des ménages ayant tendance à baisser, il est plus difficile de faire des économies d’échelle ce qui nuit au pouvoir d’achat. Par exemple, un couple qui se sépare ne peut plus se contenter d’une seule connexion internet, d’un seul ordinateur, d’un seul réfrigérateur etc. En tenant compte de ce mode de calcul, l’évolution du pouvoir d’achat n’est plus que de 0,1% par an en moyenne entre 2007 et 2017.

Là où il y a une vraie divergence en revanche entre l’Insee et l’UFC c’est sur la mesure des prix. Selon l’Insee, les prix n’ont augmenté que de 3,65% entre 2014 et 2018, alors que l’UFC estime la hausse à 5%. Et comme le Smic a augmenté de 4,6% sur la période, dans un cas -scénario Insee- le pouvoir d’achat a augmenté alors que dans l’autre -scénario UFC- il a baissé.

L’association a publié ce tableau récapitulatif avec ses propres estimations d’évolution. Les écarts sont particulièrement importants dans les dépenses de télécommunication (smartphone, abonnement mobile) et dans la santé.

Pourquoi de tels écarts ? D’abord, les deux organismes font leurs propres relevés de prix. « Nous en faisons 40.000 par mois, assure Morgan Bourven, auteur de l’enquête pour l’UFC. Et principalement sur internet. » Du côté de l’Insee qui fait des relevés de prix depuis 1914, la méthodologie est différente et l’enquête semble plus exhaustive. Chaque mois, ce sont 200.000 prix qui sont relevés dans 30.000 points de vente répartis dans 100 agglomérations tirées au sort. À cela s’ajoutent 190.000 relevés effectués sur internet.

Tenir compte ou pas de « l’effet qualité »

Des relevés de prix différents donc mais surtout une manière de les retranscrire qui n’a rien à voir. L’UFC nous assure noter l’évolution des prix bruts sans les corriger alors que l’Insee les pondère en fonction de « l’effet qualité ». Difficile en effet de comparer le prix de nombreux produits sur plusieurs années. Certains produits apparaissent, d’autres disparaissent. Certains coûtent plus cher mais proposent plus de services, d’autres proposent le même prix mais pour une quantité de produit moindre etc. Par exemple: comment évaluer l’évolution du prix d’une gamme de smartphones lorsque celle-ci passe de 16 à 32 Go de capacité de stockage? Comment mesurer l’évolution d’un forfait téléphonique lorsque ce dernier ne change pas de prix mais que son offre s’améliore (plus de data disponible dans le mois)? Ou enfin dernier exemple: comment mesurer l’évolution des tarifs de médicaments remboursés par la Sécurité sociale?

Dans chacun de ces exemples, l’UFC ne tient compte que de la somme réellement payée par le consommateur. Si les smartphones ont augmenté de 50 euros, elle considérera qu’il y a eu 50 euros d’inflation, peu importe qu’il y ait du stockage en plus. Si le forfait téléphonique propose plus de data pour le même prix, elle considérera que son prix n’a pas bougé. Et si le prix des médicaments remboursés a baissé, elle considère que leur prix n’a pas bougé, car ils ne coûtent toujours rien aux patients vu qu’ils sont toujours remboursés.

L’UFC mesure les dépenses seules réellement engagées par les ménages. Quand l’Insee de son côté mesure l’inflation en tenant compte du progrès et de l’évolution de la qualité de vie des consommateurs…